Le Design vu par l’œil du philosophe

De l’ambivalence du design

Dans le design, rappelons-le, deux éléments sont importants : l’esthétique et la fonctionnalité. Si la première prime sur la seconde, nous n’avons plus affaire au design, mais à l’art pur ! Dans l’hypothèse inverse, c’est simplement à la technique que nous sommes confrontés. Le design est donc issu d’un difficile et…périlleux équilibre entre ces deux exigences parfois contraires. C’est donc par essence qu’il est menacé de disparaître, en se résorbant dans l’un de ses deux pôles.

Né, peu ou prou, en réaction aux excès de l’industrialisation, le design continue de porter en lui-même le paradoxe de sa naissance. Réintroduire la beauté et la fraîcheur de la nouveauté pour ne pas mourir de la platitude des objets qui meublent notre quotidien : telle est la vocation profonde du design. Mais le design peut-il assumer pleinement cette vocation au sein d’une société de plus en plus marchande ?

Pourquoi le design est élitiste

Pour pouvoir subsister au sein d’une société marchande, le beau, l’utile et l’agréable (trois dimensions que le design réunit en lui-même) doivent être monétisés ; et fortement monétisés! Disparaître, victime de la concurrence impitoyable de l’industriel pur, est le sort qui guette depuis toujours le design depuis sa création. Voilà pourquoi le design semble ne pouvoir être vraiment fidèle à sa vocation que lorsqu’il côtoie le luxe.

De la même façon que l’Art ne peut se passer de mécénat pour rester fidèle à lui-même, de la même façon le design n’est à son aise que là où il y a de l’argent. Car là il peut servir librement la beauté et conserver l’éternelle fraîcheur de la nouveauté. Mais c’est dire que tous ne profiterons pas des vertus du design. Certains n’en connaîtront jamais qu’un reflet dégradé, éloigné, voire : déformé. Il semble donc que, depuis sa création, le design soit élitiste ; non par vocation, mais par nécessité.

Le design : une nécessité anthropologique

Pourtant, et c’est là qu’est tout le paradoxe du design, le design n’est pas un luxe ; il est une véritable nécessité pour l’homme. Autant dire que ce n’est pas la modernité ou le 20ème siècle qui ont inventé le design. Ils n’ont fait que le redécouvrir.

De fait, l’homme ne peut, sans se déshumaniser (qu’on pense au film de Charly Chaplin), se contenter d’appliquer mécaniquement des procédures. Et la forme qu’il donne à ses outils n’est jamais purement et simplement fonctionnelle. L’homo faber est aussi un homo aestheticus. Cela vaut, a fortiori, pour tous les objets qui peuplent le quotidien de l’homme et lui donne un sens.

L’avenir doré du design

On pourrait nourrir des craintes concernant l’avenir promis au design ; n’est-il pas condamné à rester haut perché dans les couches les plus favorisées de la société ? Le luxe et l’argent étant l’apanage de quelques un, comment le design pourrait-il pénétrer dans toutes les couches de la population et œuvrer dans le sens de la civilisation ? Ces craintes sont néanmoins infondées.

Avec le développement exponentiel des technologies liées aux numériques, l’image a repris une place centrale au sein des cultures et des sociétés. Une véritable civilisation de l’image est née. Et l’abstraction perdant de son attrait, on assiste à un retour en force de tout ce qui est incarné. Ce retour du concret a évidemment une incidence majeure sur notre perception de l’esthétique. Voilà pourquoi, du reste, le design tend aujourd’hui à prendre de plus en plus de place au sein de nos sociétés. Et on ne peut que s’en féliciter.

Un autre facteur favorable existe. Aujourd’hui, l’enrichissement collectif et le développement de la société marchande sont tels dans les pays développés qu’ils imposent aux industriels une politique de différenciation qui ne peut plus être uniquement basée sur les prix.

Les critères de différenciation sont maintenant aussi, et de plus en plus, d’ordre qualitatif. Quand les fonctionnalités des divers objets en concurrences se ressemblent toutes (voire sont identiques !), qu’est-ce qui peut encore différencier deux objets à vendre sinon, justement, leur design ? C’est de cette manière que, ces dernières années, le design est devenu un incontournable de toutes les stratégies marketing.

Le règne du design ne fait donc que commencer. Et l’on peut dire que le vingt-et-unième siècle sera le siècle du design…ou ne sera pas !

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