Design : le retour du baroque ?

La discrétion du baroque

Le baroque fait-il retour dans l’architecture d’intérieur et dans le mobilier ? A condition d’avoir une définition assez élastique, c’est tout à fait vrai. Le minimalisme, qui avait séduit des générations de stylistes et de designers, a perdu de son pouvoir de séduction, même si les styles architecturaux et mobiliers les plus prisés restent toujours fondés sur une certaine pureté des formes et des lignes.

A n’en pas douter, on assiste à diverses tentatives de réintroduction du baroque depuis presque sept ans, maintenant. Ce retour est toutefois souvent passé inaperçu, car ce sont sous des formes diverses et variées que le baroque a tenté de s’immiscer à nouveau dans nos intérieurs et de regagner nos cœurs. Et, il faut bien le dire, le style baroque a réussi parfois à rentrer chez nous par la petite porte. Un lustre, un lampadaire, une table de nuit ou, même, un simple poêle à bois (par exemple le poêle à bois Régence produit par Godin)…nombreux aujourd’hui, dans les maisons et les appartements, sont les meubles d’inspiration baroque !

L’esprit baroque des créateurs de baroque d’aujourd’hui

Un luxe d’ornementation, de détails et de couleurs chatoyantes : voilà ce qu’est essentiellement le style baroque. Une démesure, parfois à la limite du bon goût pour certaines des créations les plus osées. Certaines sont indéniablement un pied de nez tant à l’histoire qu’aux futurs usagers ; mais parfois aussi, plus finement, un clin d’œil à la nature foncièrement ambivalente du design et à son échec à faire parfaitement la synthèse de l’art et de l’industriel. Qu’on songe, par exemple, au meuble « Evolution » de Ferruccio Laviani, composée pour moitié d’une commode d’esprit Louis XV en chêne sculptée main et, pour autre moitié, d’une forme moderne, stratifiée et découpée à la machine. Leurs auteurs n’ont donc pas forcément l’esprit si baroque que cela !

Extravagance, excentricité, profusion de détails et fioritures …telles sont les épithètes les plus couramment accolés au style baroque. Et ce sont ces caractéristiques qui ont pu légitimer la véritable parodie à laquelle certains ont pu se livrer avec le style baroque. Nous sommes en effet parfois confrontés à du baroque au second degré. Reste à savoir si nous avons l’esprit suffisamment anticonformiste pour apprécier ce type de production dont les accointances avec l’art contemporain sont assez patentes. L’humour en matière d’ameublement n’est peut-être pas ce que nous préférons spontanément !

La poésie du baroque

Mais le baroque d’aujourd’hui, ce n’est pas que cela. On y rencontre aussi, et même plus souvent, une paradoxale sobriété, un véritable amour de l’artisanat d’art, qui n’empêche pas le designer d’employer des formes et des matériaux bien modernes. Ainsi en va-t-il de la table Sirena, une création de la britannique Oriel Harwood, en fibre de verre et laque polyuréthanne.

A côté de ces véritables pièces d’art, n’oublions pas toute la ribambelle des moulures, coffrages, murs capitonnés et autres, qui donnent un cachet particulier et raffiné à des intérieurs parfois très sobres par ailleurs. Les architectes d’intérieurs savent, aujourd’hui, exploiter avec beaucoup de goût les effets de contrastes et de lumières que permet un sobre et intelligent mélange des styles. Réintroduire de la douceur, de la sensualité et de la poésie dans les intérieurs, voilà ce qu’autorise le retour de matériaux riches et opulent comme le velours et le satin.

Même si le baroque, ici et là, tend plutôt vers une forme de néoclassicisme qui nous éloigne de l’esprit originel du baroque (selon les philologues, le mot baroque désigne d’abord, en langue portugaise, un « rocher granitique » puis « une perle irrégulière »), nul doute que ce type de design s’imposera bientôt presque comme une nécessité.

En effet, dans une société où le développement des nouvelles technologies nous plonge au cœur d’un monde de plus en plus virtuel, le baroque est là pour faire contrepoids. Il nous rappelle, par l’opulence de ses formes et la richesse de ses matériaux et de ses couleurs, que le réel a bien plus de consistance que le monde virtuel ; un monde qui, pourtant, actuellement, absorbe la plus grande partie de notre attention et de notre énergie.

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